Cher journal,
Cette fois, c'est sûr, Poudlard court à sa perte. Si seulement Harry et Ron étaient là, je supporterais mieux tous ces événements ! Mais au fond, il vaut peut-être mieux pour eux qu'ils ne voient pas dans quels abysses l'école est tombée ! Je suis tellement en colère ! Je ne sais pas par où commencer. Oh mon Dieu ! Je me mets à pleurer. C'est d'avoir parler des garçons qui me fait ça : je peux presque entendre leur voix me dire en riant de commencer par le commencement. Bon, je respire, et je suis ce conseil.
Lorsque je me suis réveillée ce matin, il était encore tôt. J'ai enfin pu voir ma chambre. Et crois-moi, c'est magnifique ! Les murs sont d'un doré très pâle, avec des frises rouge pourpre ornées de lions dorés. Je dors dans un lit à baldaquins de velours rouge, en bois de chêne. La moquette est épaisse et moelleuse à souhait, dans un rouge profond. Devant mon lit se trouve un tapis doré et rouge sous un grand coffre de chêne sculpté d'arabesques. Dedans, j'ai installé mes affaires de classe, et j'ai découvert un double fond dans lequel te cacher. Le reste du mobilier se compose d'une armoire où j'ai rangé mes vêtements, d'une coiffeuse où j'ai placé mes quelques produits de beauté et d'un bureau, le tout en chêne massif. Des poufs rouges et une table basse en bois, elle aussi, forment un petit « coin salon ». J'ai pris mes affaires de toilettes, mon uniforme et je suis sortie pour aller dans la salle de bain, directement par une porte de ma chambre, rouge, ornée d'une baignoire dorée, ce qui m'indique où elle mène. La salle de bain est entièrement dans des tons de marbre blanc. La baignoire (ou plutôt la piscine !) est de couleur argent, tout comme les nombreux lavabos. Malgré la tentation, j'ai décidé de ne pas prendre de bain mais une douche rapide, dans un coin de la pièce prévu à cet effet. Ma toilette finie, j'ai enfilé mon uniforme (pantalon et cape noirs, chemise blanche et cravate rouge et or), puis me suis coiffée devant un des miroirs. Eh bien, crois le ou non, mais il m'a parlé. Qui ça ? Ben, le miroir ! Si, si, il m'a parlé. D'abord j'ai vu un léger brouillard, puis cette fumée a formé un visage qui s'est mis à papoter, me disant qu'il était ravi de faire ma connaissance, qu'il commençait à s'ennuyer avec « l'autre serpent » (soudain il m'est apparu très sympathique), et qu'il n'aurait jamais espéré que la deuxième préfète en chef soit une aussi « charmante jeune fille » (là, je n'ai pas pu résister). Enfin, j'ai pu en placer une, pour lui dire que j'étais tout aussi charmée mais que j'avais du travail.
Quand je suis sortie, j'étais dans le salon. Là, j'ai failli vomir : ça empestait encore la bièraubeurre à forte dose et la sueur. Un sort de nettoyage n'a pas été pas de trop, et j'ai enfin vu la pièce, toute dans des tons noirs (la neutralité entre Serpentards et Griffondors, sans doute !). Un bon feu flambait dans la grande cheminée de marbre noir. Des ronflements s'échappaient de derrière une porte verte entrouverte et ornée d'un serpent d'argent : l'antre de mon détestable colocataire. Poussant un soupire, j'ai refermé la porte : si en plus il fallait lui apprendre la politesse, ma dernière année ne serait pas de tout repos ! Je suis sortie des appartements des préfets en chef, heureuse d'avance de retrouver mes marques, même si mes meilleurs amis ne se trouvaient pas avec moi. Dès que j'ai passé le tableau, ma vie a basculé.
Rien n'aurait pu me préparer à ce qui m'attendait de l'autre côté. Pas le moindre rire, bruit de course dans les couloirs ou jurons d'élèves en retard. L'atmosphère semblait tendue. Les élèves marchaient tête baissée, traînant les pieds. J'ai cligné plusieurs fois des yeux, pour vérifier que je ne rêvais pas. Cette vision ne ressemblait en rien au Poudlard d'il y a seulement quelques mois. Que s'était-il passé ? Au bout de quelques minutes de déambulation, j'avais repéré deux types d'élèves : certains avançaient fièrement, d'une démarche de conquérant que j'était sûre d'avoir déjà vue quelque part ; tandis que d'autres se comportaient comme des enfants punis, craintifs et honteux. Je ne voyais pas ce qui produisait cette différence de comportement. Soudain, j'ai réalisé : les « conquérants » étaient tous des Serpentards, et les autres des Griffondors, des Serdaigles ou des Poufsouffles. Une « illumination » m'a alors frappée : cette attitude conquérante, c'était celle de Malefoy en deuxième année, lorsqu'il se comportait en propriétaire du château. Un doute s'est alors immiscé dans mon esprit. J'entendais encore la voix de la fouine retentir dans mes oreilles. « Tu comprendras bien assez tôt que Poudlard n'est plus régi par les mêmes règles. ». Elle se répétait, répétait, répétait, laissant place à une certitude. Ginny. Il fallait que je trouve Ginny.
J'ai couru jusqu'au dortoir des Griffondors et demandé le mot de passe à Colin (Colin, auparavant si joyeux, maintenant morose). « Ginny ! » ai-je crié en montant les escaliers du dortoir des filles. En haut, je suis restée pétrifiée. « Impossible. C'est impossible. ». J'ai eu beau regarder partout, il fallait se rendre à l'évidence : ni la valise, ni les affaires de la rouquine n'étaient là. Je suis descendue à toute allure, affolée comme je ne l'avais jamais été. Soudain, un mot a retenu mon attention. J'ai interpellé les deux sixièmes années que j'avais entendues. « Comment ? Qu'avez-vous dit ? ». Elles m'ont regardé, affolées, mais l'une d'elles a rassuré l'autre :
« C'est bon, ce n'est pas une serpent.
- Non ! me suis-je exclamée, choquée. Jamais de la vie ! Je voulais juste savoir ce que vous disiez.
- Pourquoi ? a demandé avec méfiance la première, une blonde au teint très pâle.
- Parce qu'il me semble avoir entendu le nom de Ginny Weasley, et que je la cherche. Je m'appelle Hermione Granger.
- Oh, c'est toi Hermione ?
- Oui. Où est Ginny ? ai-je interrogé.
- Eh bien... a commencé la deuxième fille, une petite brune, l'air gêné.
- Elle n'est plus là. Elle est partie il y a bien un mois, a achevé la blonde à sa place.
- Mais, ai-je suffoqué. Ses lettres...
- Elle m'a demandé de les écrire pour elle, a expliqué la brune. Elle ne voulait pas que sa mère sache qu'elle s'était enfuie à cause de ce qui se passe ici. De tout manière, personne ne peut rien pour nous.
- Et, me suis-je repris, tu sais où elle est ?
- Non, mais elle m'a demandé de te dire qu'elle s'était mise en chasse. Je ne sais pas ce que ça veut dire.
- Moi, si, ai-je murmuré.
- Elle m'a aussi chargée de te dire qu'elle est désolée, mais qu'elle ne supporte plus cet enfer.
- C'est bon, merci. Et... vous pouvez m'expliquer ce qui se passe à Poudlard ? »
Elles m'ont regardé avec des mines terrifiées, et m'ont fait signe de les suivre. Elles m'ont emmenée dans le dortoir des Griffondors (filles, bien entendu).
« C'est le seul endroit à peu près sûr, m'a expliqué la deuxième jeune fille, dont je devais apprendre au cours de la discussion qu'elle s'appelait Julia.
- Sûr de quoi ?
- Eh bien, je vais essayé de t'expliquer ça le plus clairement possible, a énoncé la blonde, dénommée Sara. À la rentrée, la majorité des profs étaient absents, morts, avaient trahi, démissionné ou s'étaient engagés dans l'Ordre (ce qui revient au même, vu leur taux de présence). Les profs restants ont décidé de continuer à assurer les cours du mieux qu'ils pouvaient. Seulement, profitant de la situation, les Serpentards et leur « prince » Malefoy (ton méprisant et moue dégoûtée) ont pris possession du château, pour ainsi dire. Ils se comportent en rois, en propriétaires. On ne peut rien dire ou faire contre eux, sinon les représailles sont féroce – et je sais de quoi je parle -, ajouta-t-elle avec une grimace. Il faut baisser la tête devant eux, leur obéir, s'écarter lorsqu'ils passent. Ils ont recruté des espions dans chaque maison – principalement des premiers ou deuxièmes années, des pauvres gosses qui ont trop peur pour oser se révolter. La grande majorité des septièmes et quelques sixièmes années sont rentrés chez eux dès qu'ils ont compris. Les autres n'ont pas pu partir.
- Le courrier est surveillé, aussi, a repris Julia. Les lettres de Ginny, je les envoie à mon grand frère avec mon nom et ceux de ma famille, et grâce à une plume qu'il a fabriqué, il modifie les données principales et renvoie au Terrier.
- Mais... Personne n'a pensé à se révolter ? Les professeurs ne font rien ? me suis-je étonnée.
- Tu sais, la vieille MacGo' et sympa, mais elle vieillit, a répondu Julia. Elle est toute seule, les autres profs ne bougeront pas le petit doigt – trop peureux pour ça - . Ceux qui restent sont ceux qui n'ont pas voulu s'engager dans l'Ordre ou chez les Mangemorts, bref, les plus ternes, neutres et trouillards imaginables ! Et les élèves, tu penses, il n'y en a pas le quart qui oserait porter la main sur les serpents. J'ai entendu dire qu'il y avait des réunions à la salle sur demande, mais tu penses, si je suis au courant, les serpents le sont aussi. Alors on n'y va pas. Trop risqué. »
Elle a remonté sa manche, et ce que j'ai vu m'a glacé le sang : des brûlures de cigarettes (non, de baguette !) parsemaient son avant-bras. Un haut le c½ur m'a soulevée.
« Tu sais, ça fait moins mal, maintenant, m'a-t-elle dit. Il faut juste que je fasse attention au frottement.
- Comment peut-on faire ça à un être humain ? Comment ?
- Calme-toi, m'a dit Sara. Nous, on est plutôt chanceuses comparé à ce qu'ils font aux sangs de bourbe « déclarés ». D'ailleurs, tu ferais bien de te méfier !
- Merci du conseil. »
Je suis sortie du donjon Griffondor en courant et suis entrée dans mon dortoir avec la ferme intention de dire à Malefoy ma façon de penser, mais le bruit de l'eau m'a appris qu'il se trouvait à la salle de bains. Un vertige m'a alors rappelé que je n'avais rien mangé depuis la veille durant l'après-midi. J'ai pris une pomme dans la coupe de fruits du salon et je me suis barricadée dans ma chambre pour y écrire.
Pourquoi est-ce que le sort s'acharnait à m'arracher tout ce qui comptait pour moi ? Ma maison, détruite dans l'explosion qu'ont provoquée les Mangemorts. Mes parents, tués dans cette même explosion. Harry et Ron, partis sans moi à la chasse aux Horcruxes. Et maintenant, Poudlard, souillé par les horreurs commises entre ses murs ; et Ginny, ma dernière amie, mon dernier rempart entre moi et le désespoir, partie rejoindre ceux qui m'ont abandonnée.
Sans pouvoir me retenir, alors même que j'écris ces mots, je fonds en larmes.
Images du montage : hermione et julia-et-sara (julia et sara sont en fait tirées d'une image de Parvati et Lavande mais je ne savais pas comment avoir une image de deux filles en uniforme de Griffondor, une brune et une blonde, alors...)